Le commissaire Lesly Delva a été abattu dans des conditions similaires, étant donné que dans les deux cas, les agresseurs n'ont rien emporté.
S'agit-il de terrorisme ? Etant donné que la sécurité est le seul domaine dans lequel le gouvernement a semblé marquer des points ces derniers mois, s'agit-il de sabotage ?
Et de la part de qui ou au profit de qui ?
Il existe aujourd'hui plusieurs situations de conflit comme on le verra dans un instant. Ensuite, le terrorisme n'est pas obligatoirement politique. Penser que ce gouvernement reconnaît lui-même s'être engagé dans une lutte sans merci contre le trafic de la drogue.
Puis mercredi, toujours la semaine dernière, le quartier commercial de Port-au-Prince se vide en un clin d'oeil. Des " casseurs ", phénomène qui nous ramène aux années terribles vécues jusqu'à l'investiture du président René Préval en mai 2006, réapparaissent terrorisant à la ronde commerçants, marchandes et acheteurs. Panique générale.
Différence de lecture
Mais, fait également nouveau, la PNH (police nationale d'Haïti) ne se laisse pas conter.
Au petit jour, dès le lendemain, le jeudi 25 octobre, sous la direction du directeur général de l'institution, Mario Andresol, les agents quadrillaient chaque pouce du centre-ville.
Et ainsi de suite depuis. Et à travers toute la capitale et ses banlieues. Pour un peu on aurait l'impression qu'il y a plus de policiers dans les rues (patrouilles fixes et patrouilles mobiles) que de passants.
Les 8.000 membres que compte actuellement la Police nationale (en attendant la sortie d'une nouvelle promotion) sont mis en ce moment à rude épreuve.
Y a-t-il une différence de lecture entre la mission internationale et les responsables haïtiens ?
En tout cas, ces derniers semblent lire davantage l'actualité à travers le prisme des années terribles récemment vécues que dans les statistiques, comme le porte-parole de la Minustah y invite les journalistes
Quand des policiers sont abattus sans provocation en pleine rue, nous sommes payés pour savoir qu'il s'agit d'intimider l'institution pour qu'elle renonce à une politique qu'elle mène présentement. Et forcer ses membres soit à se mettre aux ordres de ceux qui organisent ces provocations (mafia ou autres), soit à prendre le large. C'est ainsi que la PNH avait été réduite à un moment à un millier de membres à peine. Particulièrement les unités d'élite
Déstabilisation ?
De telles manuvres visent également le travail de nettoyage (" vetting ") qui a été conduit avec l'appui des Nations Unies pour libérer la police nationale de l'influence des mafias de toutes sortes. Le porte-parole de la Minustah devrait le prendre en considération.
Quant aux mouvements de panique artificiels, ils font partie de l'histoire politique du pays. Toujours aussi tumultueuse
Déstabilisation ? Personne n'ose encore prononcer ce mot.
Toujours est-il que le sentiment général est celui de la fin ou du commencement de la fin d'une sorte de lune de miel qui avait caractérisé jusqu'à présent les relations du nouveau président de la république avec le pays dans ses diverses couches.
D'abord à cause du contexte général qui est celui d'une aggravation des difficultés économiques pour le plus grand nombre, même si c'est en partie pour des raisons indépendantes de la volonté du gouvernement, telle la hausse vertigineuse des prix sur le marché international de beaucoup de produits de base : céréales, huile végétale etc. Et pour commencer le pétrole.
Mais le gouvernement lui-même, malgré maintes tentatives (réduction de l'inflation, baisse du dollar par rapport à la gourde locale, amélioration des termes macro-économiques), n'a pas eu de résultats probants dans les deux domaines majeurs de la création d'emplois et de la diminution du coût de la vie.
Trop de dossiers à la fois
C'est donc dans un état de malaise caractérisé que surviennent ces derniers faits de l'actualité. Les gens risquent de répondre par une sorte d'indifférence. Envers les uns comme les autres !
Du côté du gouvernement, on a l'impression qu'il aurait de lui-même fragilisé sa position en touchant à trop de dossiers à la fois. Sans qu'aucun ne soit arrivé véritablement à terme.
En janvier dernier, René Préval déclare la guerre à la drogue. Sommet régional dans la capitale dominicaine, Santo Domingo. Intervention d'un commando héliporté de la DEA américaine en plein territoire haïtien. Mais la principale cible, l'ex-chef rebelle Guy Philippe arrive à s'échapper et il court toujours.
Le 18 mai, jour du drapeau, fut choisi par le chef de l'Etat pour lancer une nouvelle guerre. A présent sus à la corruption. Arrestation de plusieurs hommes d'affaires et non des moindres. Mais depuis quelque temps, plus rien. Certains disent que le président n'avait pas suffisamment idée de l'emprise de la corruption sur l'administration publique haïtienne. Et qu'il lui faudrait plus d'un Hercule dans les écuries d'Augias. Pendant ce temps, quid des commerçants et entrepreneurs locaux toujours derrière les barreaux. Sont-ce des martyrs de la cause ? La lutte contre la corruption est déjà loin des espoirs qu'elle avait fait naître.
Des questions autrement plus urgentes
Enfin le 17 octobre écoulé, Préval se déclare favorable à un éventuel remaniement constitutionnel. Mais sa déclaration provoque un tollé sans précédent et qui n'est pas sur le point de s'achever du côté du Parlement qui se sent piqué à vif (en effet, la constitution de 1987 accorde au Parlement dans maints domaines, et non des moindres, des pouvoirs tout à fait sans partage).
Tandis que l'homme de la rue signale au président qu'il a élu qu'il y a des questions autrement plus urgentes à considérer.
Toutes ces initiatives politiques partent d'un bon naturel. Mais c'est une question de timing. En outre, le pouvoir semble fonctionner uniquement de haut en bas et jamais de bas en haut. Penser à la question de la vie chère et aux services publics.
A nouveau l'électricité n'est distribuée que 1 heure ou deux par jour et dans d'autres quartiers, point du tout. Où sont passés Petrocaribe et les trois centrales qui nous ont été offertes par le Venezuela ! Autre désillusion !
Ça sent le roussis
Tout compte fait, Port-au-Prince ne brûle pas, comme ce fut le cas pendant les années 2003 à 2006. La police fait bonne garde et la classe politique (du moins celle qui compte) se révèle un peu plus réfléchie. Bien sûr la présence internationale (près de 10.000 militaires et policiers) n'y est pas pour rien.
Bref, le gouvernement semble se trouver plutôt en face d'une série de petits incendies isolés (certains de son propre fait) mais que des forces puissantes et des mains expertes peuvent essayer de fédérer en un grand brasier.
Si l'on peut dire, y a pas le feu, mais ça sent le roussis.
Haïti en Marche, 28 Octobre 2007
Pourquoi attendre les émeutes de la faim !
PORT-AU-PRINCE, 24 Octobre - Nous faisons partie des pays à propos desquels la FAO (Agence des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) traduit son inquiétude face à la hausse actuelle des cours des céréales, menaçant les pays pauvres importateurs non seulement de prix inabordables mais aussi de possibles troubles sociaux.
Selon la FAO (informations reprises dans un article du journal Le Monde), la seule facture des importations céréalières (en tête le blé) pour les pays les plus pauvres sera en hausse de 14% pour la période 2007 - 2008.
Tout compte fait, les dépenses pour se nourrir seulement risquent dans ces pays-là de représenter de 60 à 90% des revenus des ménages. Etant donné que c'est une réaction en chaîne : avec le blé augmente le prix du pain, mais aussi celui de tous les produits dérivés. Par exemple l'alimentation animale est à base de céréales, donc le lait et la viande pourraient voir leurs prix s'envoler.
Ce qui est absolument aberrant. Aussi l'agence de l'ONU de ne pas écarter la possibilité dans ces pays de ce qu'on appelle les émeutes de la faim.
La seule alternative pour ces pays est de développer leurs propres cultures de substitution.
Autrefois nous haïtiens, on se serait retourné vers notre fameux " fòk se li " (le plat de maïs moulu cuit avec du hareng saur et avec une belle tranche d'avocat)
Ou pour les plus pauvres, le petit mil ou sorgho.
Selon le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique), pour éviter les émeutes de la faim, les Etats vont tenter de limiter la hausse des prix comme au Mexique en faisant la promotion de la tortilla et au Sénégal celle du pain populaire (une variété de notre cassave haïtienne qui est extraite du manioc).
En Haïti, que va-t-on trouver comme parade à cette situation qui va faire décupler la misère des plus démunis ?
Aujourd'hui l'agriculture haïtienne n'apporte pas plus de 20%, croit-on, à l'alimentation nationale.
Environ 80% de ce que nous consommons est importé.
Les plus pauvres sont menacés pratiquement de famine, tandis que les ménages qui ont un revenu sont menacés d'engloutir de 60 à 90% de ce dernier dans leur seule alimentation.
Une situation sans issue. Ou alors il n'y a pas deux alternatives que de relancer nous aussi la production agricole locale. Ne serait-ce que le peu qui nous reste.
Remettre en état les rizières ; encadrer la culture du maïs, des bananes, du petit mil, des ignames, de la patate douce. Améliorer l'élevage des poulets, cabrits, moutons etc.
Occupons-nous de ce qui nous regarde, fichtre !
Tout cela est possible.
Accorder quelques avantages fiscaux à ces producteurs locaux et aux industries dérivées. L'Etat haïtien a encore ce pouvoir ou merde !
Plein de départements du pays (en particulier le Sud Est, le Sud, la Grande Anse, les Nippes) ont plein de possibilités. Mais ces productions ont été depuis longtemps délaissées par les pouvoirs publics et l'investissement privé local (au bénéfice des importations - secteur dans lequel les responsables aussi bien internationaux que locaux ont su bien implanter leurs lobbies à tous les niveaux des secteurs public et privé du pays)
Au point qu'en l'espace de quelques années, nous importons les productions les plus banales (l'avocat, le mirliton, les citrons) tandis que nos bananeraies (y compris les plus célèbres - la banane de l'Arcahaie et de Cabaret-Casale) ainsi que le maïs et autres productions seules capables de faire face à la situation quasi catastrophique qui nous menace et qui ont su toujours jouer ce rôle - soit pendant la guerre de l'indépendance (1803) pour nourrir nos vaillants soldats va-nu-pieds depuis les mornes tandis que les villes brûlaient, soit pendant les premières années de l'instauration du règne totalitaire de Papa Doc, eh bien aujourd'hui elles sont toutes abandonnées aux parasites et autres " paille noire " qui les détruisent avant que le fruit arrive à maturité, quand ce n'est aux aventuriers aux ordres des industriels du pays voisin qui achètent notre production caféière à la frontière pour la liquider ensuite à vil prix. Sabotage économique
La situation qui s'annonce va être très dure, si l'on en croit les prévisions des organismes internationaux les plus dignes de respect. Seul l'Etat haïtien peut y faire quelque chose. En encourageant sans tarder la production agricole et agro-industrielle locale à tous les niveaux, de l'industriel au plus petit planteur.
Oui, mais voilà, il y a les interdits des grandes institutions de financement.
Et quoi alors, on ne demande pas à l'Etat haïtien de subventionner, mais d'investir. Et selon toutes les règles du capitalisme international. Un new deal.
Ce sont au contraire les subventions des grands Etats capitalistes pour l'expansion internationale de leur propre agriculture qui nous menacent aujourd'hui de famine.
Pourquoi se sacrifier tant pour des crédits dont les conditions menacent tout simplement de me rayer de la carte.
A moins que j'aie une vocation particulière de martyr. Sinon on doit pouvoir s'expliquer.
Comme on dit au Québec, eh oui, y a toujours moyen de moyenner. Il suffit des fois de demander
sans baisser la tête !
Entre les émeutes de la faim et la famine annoncée, l'alternative existe. Pour nous comme pour les autres, jamaïcains, guatémaltèques ou sénégalais. Il ne tient qu'à nous
Editorial, Mélodie 103.3 FM, Port-au-Prince
ABONNEZ VOUS A HAITI EN MARCHE