MIAMI, 27 Août - Wyclef se tire dans les pattes. De l'auto-sabotage. Un vrai sabordage. En une semaine, le candidat à la présidence d'Haïti écarté, a changé plusieurs fois de position. Il apparaît aujourd'hui comme une vraie girouette. En dernière heure, il a composé une chanson qui est diffusée sur les sites you.tube et twitter où il se moque du président René Préval qu'il accuse de l'avoir reçu chez lui dans la seule intention de l'amadouer, étant donné que le lendemain, vendredi 20 août, l'institution électorale (CEP) allait écarter sa candidature.
Or Wyclef Jean sortait de cette rencontre avec le chef de l'Etat en déclarant à toute la presse, nationale et internationale, combien il avait été impressionné et qu'il avait retrouvé la même personne pour laquelle il avait jeté son bulletin dans l'urne aux dernières présidentielles (7 février 2006).
Sagesse exemplaire...
Et même après l'annonce du rejet de sa candidature pour non respect de l'Article 135 de la Constitution qui exige une résidence permanente dans le pays pendant les 5 années précédant les élections, que le premier communiqué de la vedette hip-hop a été d'une sagesse exemplaire. Tel qu'il est paru dans tous les journaux et sites Internet sur la terre.
Non seulement le candidat exclu déclarait se plier devant la loi, mais il annonçait en même temps son intention de se représenter dans cinq ans (il n'a même pas encore 40 ans) et cette fois qu'il satisfera à toutes les obligations constitutionnelles.
Pendant tout le week-end du 20 au 22 août, ce n'était partout que félicitations devant tant de grandeur d'âme.
En quelque sorte, c'est le monde entier qui prenait rendez-vous avec Haïti pour Wyclef. Dans 5 ans, tenez-vous le pour dit, il reviendra. Et cette fois, ça ne se passera pas comme ça!
Nouveau volte-face...
Mais dès le lundi 23 août, monsieur change son fusil d'épaule.
Tous les médias de la terre (définitivement le bonhomme est, pour le meilleur et le pire, d'une popularité qui dépasse toutes les frontières du monde connu) annoncent que Wyclef n'accepte pas le rejet de sa candidature et qu'il a l'intention de faire appel.
Ses avocats annoncent qu'ils vont saisir non seulement la Cour de cassation et la Cour des comptes en Haïti, mais aussi la Commission interaméricaine des droits de l'homme (OEA).
On y reviendra dans un instant.
La rime n'est pas riche...
Mais on en était là quand, nouveau coup de guidon, la voix bien connue de celui qui a vendu plusieurs millions de Compact Disc de par le monde, l‘ex-lead du groupe The Fugees et trois fois gagnant du Grammy Award, déclenche une chanson virulente contre celui qu'il présentait encore trois jours plus tôt comme son héros.
Les paroles ne sont point extraordinaires, la musique est quelconque, la rime n'est pas riche, bref c'est du Wyclef tel qu'il est depuis qu'il a troqué sa guitare pour un trois pièces d'apprenti politicien.
Mais tant pis. Chanson commentée aussitôt dans toutes les langues, du finlandais au swahili. Cependant cette dernière culbute risque de n'être point aussi profitable à notre grande vedette internationale, parce que justement réduisant toute cette légende vivante du jeune artiste qui voudrait consacrer sa célébrité planétaire pour sortir son pays de la misère à ni plus ni moins qu'un caprice de star.
Et encore, star comme on l'était dans les années 40, un enfant gâté, du genre Rudolph Valentino et Za Za Gabor...
Totale liberté d'expression...
Oui, Wyclef a droit à ce qu'il réclame. Mais ce n'est pas d'être candidat à la présidence. C'est plutôt le droit à une totale liberté d'expression, envers et contre toute autorité, et dont il fait si bien usage. C'est le seul droit qu'on ne saurait lui refuser.
On pourrait donc considérer que la question est entendue. Et c'est Wyclef lui-même qui nous y invite puisque avant même que ses avocats aient porté le dossier en appel par devant qui de droit, il avait lui-même tranché... dans une chanson très mordante. Bien qu'il affecte d'ignorer la culture française, notre célèbre artiste tente en cela de faire comme le grand Molière: mettre les rieurs de son côté!
Mais s'il continue à changer ainsi d'avis à chaque minute, il risque alors de se faire cigale à laquelle dit la fourmi: vous chantiez, ma bonne commère, ne vous en déplaise, alors dansez maintenant!
Sans rime ni alexandrin...
Avec certes un peu moins de fantaisie, sans rime ni alexandrin, mais avec la Constitution bien en mains, le Conseil électoral provisoire (CEP) se contente de brandir ces deux Articles: 191) ‘Le Conseil Electoral Permanent est chargé d'organiser et de contrôler en toute indépendance, toutes les opérations électorales sur tout le Territoire de la République jusqu'à la proclamation des résultats du scrutin.'
Et 197: ‘Le Conseil Electoral Permanent est le Contentieux de toutes les contestations soulevées à l'occasion soit des élections, soit de l'application ou de la violation de la Loi Electorale, sous réserve de toute poursuite légale à entreprendre contre le ou les coupables par devant les Tribunaux Compétents'.
Errare humanum est...
Voilà.
Maintenant libre à vous de relever que l'actuel CEP n'est pas le Conseil Permanent évoqué dans la Constitution mais un Conseil Provisoire...
Ou de dénoncer le fait que le Conseil soit le seul juge pour une Loi Electorale dont il est lui-même l'auteur...
Ou comme Wyclef de recourir à la Commission interaméricaine des droits de l'homme contre un attribut aussi affirmatif de la souveraineté nationale!
Nous vous souhaitons bien du plaisir car cela signifierait que des élections n'auraient jamais lieu en Haïti.
A la grande joie, paraît-il, d'un certain nombre.
Mais il n'empêche qu'un pouvoir aussi absolu ne peut ne pas faire tiquer. Même pour le principe. Le CEP, ni plus ni moins qu'un autre, ne saurait être aussi infaillible. Peut-être que parmi les 15 candidatures rejetées, qui sait!
Errare humanum est...
Le problème, c'est que s'il y en a pour un, il doit y en avoir pour quinze.
Haïti en Marche, 27 Août 2010