
MIAMI, 31 Décembre – Haïti est aujourd’hui l’un des rares pays des Caraïbes à n’avoir pas de relations officielles avec la Chine ; mais c’est aussi le seul où on ne trouve aucune trace de développement économique contrairement aux nations voisines et d’abord la République dominicaine où la Chine a investi massivement aussi ces dernières années alors que en même temps rien n’a changé dans les bonnes relations de Santo Domingo avec l’autre grand pôle économique mondial, les Etats-Unis.
Conclusion : sommes-nous alors les plus bêtes? Ou sont-ce nos dirigeants, politiques autant qu’au niveau économique, qui ne pensent qu’à leurs seuls intérêts et avec bien sûr la complicité aussi du ‘Grand voisin’?
Prenons ce rapport publié en 2015 : ‘Présence de la Chine dans la Caraïbe – par l’Agence Française de Développement (AFD bien connu aussi chez nous).
“Réalisé en partenariat avec l’Institut des Amériques (IdA), ce rapport procède à un croisement des approches géopolitiques et économiques pour évaluer l’ampleur de cette présence chinoise dans une zone historiquement dominée par les États-Unis et l’Europe.
“Les auteurs, dont Carlos Quenan, Éric Dubesset et Antonio Romero, s’appuient sur des données statistiques … pour mesurer les investissements, le commerce, l’aide et les enjeux diplomatiques, en se focalisant sur une quinzaine d’États indépendants. Le document met en lumière une diversification croissante de l’influence chinoise, avec des opportunités de développement mais aussi des risques pour la région !
(P.S. voir aussi texte Contexte historique des relations sino-caribéennes par Mylène Colmar)
« Parmi les chiffres clés, on note une multiplication par 100 des échanges commerciaux entre 1990 et 2008, et des investissements directs étrangers (IDE) chinois quintuplés depuis 2003 … ».
« En juillet 2014, le président Xi Jinping annonce à Brasilia un fonds de 18,02 milliards d’euros pour les infrastructures, assorti de 9,01 milliards d’euros de crédits et 4,505 milliards d’euros pour la coopération régionale, avant de signer 29 accords bilatéraux avec Cuba dans des secteurs comme la finance, les mines et la biotechnologie. »
Mais ici intervient la question diplomatique : Pékin pose comme condition essentielle pour engager des relations avec tout pays la renonciation à la reconnaissance de Taïwan. Haïti comme on sait reconnait Taïwan.
Cependant poursuit le rapport :
« Sur les 15 pays de la Caricom, 9 reconnaissent la République Populaire de Chine contre 5 pour Taïwan ; ainsi avec Cuba et la République dominicaine (celle-ci ayant également renoncé il y a quelques années à Taiwan), le ratio est de 10 contre 6 en faveur de Pékin. Cette rivalité se traduit par des marchandages : dons, prêts bonifiés et investissements y compris pour influencer les voix aux Nations unies.”
Dès lors, poursuivent les experts de l’AFD : les échanges commerciaux ont connu une croissance exponentielle, multipliés par 100 entre 1990 et 2008. Quoique pour l’ensemble de la Caraïbe (hors Cuba qui est pour Pékin un partenaire de longue date), la part de la Chine reste malgré tout modeste (moins de 10 % des échanges) ; de plus les balances sont déficitaires et à l’avantage de Pékin. Les exportations comprennent essentiellement des ressources naturelles (nickel, sucre).