De Key West … à Jacmel !

<>Key West qui avait joué un rôle ‘stratégique’ lors de la crise américano-soviétique de 1962 ou Crise des missiles de Cuba, or voici le même Cuba qui revient dans l’actualité en ce moment n’est-ce pas !!!
MIAMI, 18 Mai – Un week-end à Key West vous coûte encore plus cher qu’il y a quelques années mais ça vaut encore le coup ...
Key West ou le vert paradis tropical si cher à Ernest Hemingway, l’auteur du ‘Vieil Homme et la mer’ ; ainsi qu’au critique d’art et principal promoteur de la peinture naïve haïtienne Selden Rodman, l’un et l’autre ayant choisi Key West comme point d’ancrage.
C’est donc qu’il y a rapport entre notre Haïti et cet extrême pointe-sud des Etats-Unis (d’ailleurs une pancarte vous dit qu’on est seulement à 80 milles de Cuba ; justement Key West qui avait joué un rôle disons ‘stratégique’ lors de la crise américano-soviétique de 1962 ou Crise des missiles de Cuba, or voici le même Cuba qui revient dans l’actualité en ce moment n’est-ce pas !!!) …
Nature verdoyante, ambiance tropicale - même supposément ! - d’ailleurs le symbole de Key West c’est le coq cocorico, notre ‘kòk kalite’ mais cultivé ici pour l’ambiance … pas pour la table car tout est importé - voilà pourquoi tout est si cher.
A commencer bien entendu aujourd’hui par la gazoline cette semaine jusqu’à près de 5 dollars américains le gallon.
En même temps on peut comprendre pourquoi les mêmes cités plus haut ont pu tant aimer aussi hier, notre Haïti - nous disons bien ‘hier’…
Car c’est le même environnement même si un demi-siècle plus tard Haïti c’est devenu l’enfer qu’on sait … tandis qu’à Key West comme dans le roman de Hemingway, à quoi assiste-on ?
D’abord c’est le triomphe mais qu’on sent aussi plus fragile que jamais - de la lutte de l’homme contre les forces contraires de la nature car si la technologie n’intervenait, eh bien la mer aurait simplement tout recouvert et englobé et adieu … Islamorada.


Jolie appellation dès qu’on sort du comté de Dade (Miami-Dade) pour entrer dans la chaine voire cascade des ilets ou ilots avec leur séduisante dénomination : Key Largo, Islamorada, Marathon, Bahia Honda, Sugarloaf, Monroe County etc mais c’est pour constater aussi de vos yeux vu que bref ‘rien n’est donné à l’homme’ et combien cela coûte à la fois en investissements publics de toutes sortes (c’est-à-dire capitaux mais aussi prouesses technologiques) pour ne pas absolument disparaitre dans ce constant corps à corps avec les éléments naturels - justement entre ‘le vieil homme et la mer’ de Hemingway … car c’est à la plus grande démonstration de la montée de l’océan et du phénomène appelé de nos jours réchauffement climatique que l’on assiste ici et vécu quasiment en direct …
Avec les autoroutes qui montent montent montent au ciel … mais c’est plus la mer monte aussi menaçant de tout balayer sur son chemin …
Ce qui ne décourage pas de construire mais sur pilotis - ces derniers occupant désormais plus de la moitié de la hauteur du bâtiment hôtel X ou Y - c’est vous dire le niveau atteint dans cette lutte ... entre le vieil homme et la mer !
Mais défilent aussi sous vos yeux gourmands les ‘State parks’, espaces étroitement protégés car si on laissait tout à l’appétit de l’homme vu qu’on est toujours en économie capitaliste n’est-ce pas !
Tout ici montre et démontre en effet la lutte perpétuelle déjà pressentie par Hemingway dans ‘Le Vieil homme et la mer’ …
Je me souviens qu’on se passionnait aussi pour ce reportage qu’il aurait réalisé après un violent ouragan - partant de sa résidence de Key West jusqu’à Miami et dont il a probablement dû faire une bonne partie du chemin … à la nage n’est-ce pas.
On ne peut donc faire aujourd’hui ce parcours Miami-Key West (près de 5 heures sans interruption – et one way) sans avoir aussi le sentiment d’un pèlerinage …
Mais qui nous ramène tout droit aussi dans notre propre Haïti car on voit tout ici qui explique notre propre disparation comme si on vivait celle-ci si l’on peut dire en direct : une surpopulation totalement incontrôlée dans un espace abandonné totalement aussi aux forces de la nature donc totalement à l’opposé de la lutte perpétuelle du ‘Vieil homme et la mer’ …
Conclusion : géographiquement donc Haïti, Santo-Domingo, Cuba, la Jamaïque etc. ce sont là des confettis passagers dans cette même lutte éternelle entre l’homme et la mer.
Ce que la plupart de ces derniers pays semblent cependant avoir mieux compris que nous autres … Haïtiens.
Mais revenons donc encore un peu à notre week-end ‘key-westien’. Malgré une canicule flirtant avec les 80 degrés Fahrenheit, cependant les anciennes résidences de style colonial continuent leur succès plus foule auprès d’un public accourant de tous les horizons y compris celui dans la chanson du québécois Jean Pierre Ferland : ‘de ce pays de neige’ …
Or chanson qui fut composée en hommage plutôt à Haïti, vous vous souvenez : ‘Il a neigé à Port-au-Prince !!!’.
Voilà donc tout ce que nous avons perdu.
Et sans doute pour toujours vu ce que cela selon toute apparence semble coûter aujourd’hui non seulement en milliards que surtout en prouesses technologiques.
Quoique ne pourrions-on en sauvegarder encore même un tout petit bout ? …
Comme Jacmel … où se trouve encore l’ancienne résidence du premier promoteur de la peinture primitive haïtienne … Selden Rodman dont l’atelier qui faisait courir le monde entier eh bien oui il y est encore c’est l’Hôtel Florita.
Jacmel qui ressemblerait à un Key West même de loin, avec le même Coq-qualité pour symbole … mais ici qui a dû fuir depuis longtemps prenant les jambes, pardon les ailes à son cou.
‘Pye kisa m manje m pa ba w.’
Bref après cette randonnée longue de quelques 5 heures en voiture à l’aller comme au retour dans l’extrême pointe sud des Etats-Unis on garde pour sûr un sentiment : c’est qu’on vit constamment au bord du gouffre !
Mais un avec lequel partout on semble apparemment en train de se colleter.
Partout … sauf peut-être en Haïti.
Hélas.

Marcus Garcia – Elsie Ethéart, Haïti en Marche, 18 Mai 2026