Fact Checking News (FCN) 24 août 2026
Près de trente ans après avoir été cité dans une vaste affaire de fraude à la loterie en République dominicaine et vingt ans après son arrestation au Brésil dans le cadre d’une procédure d’extradition vers les États-Unis, l’homme d’affaires haïtien Frédéric Salers Marzouka se trouve à nouveau devant la justice fédérale américaine.
Le 11 août 2026, Marzouka a saisi le tribunal de district des États-Unis pour le district central de Géorgie d’une requête en habeas corpus. La procédure porte sur sa détention dans le cadre du droit de l’immigration américain, son statut étant celui d’un « étranger détenu ».
Cette nouvelle étape judiciaire remet en lumière un parcours qui s’étend sur plusieurs décennies et plusieurs pays, de la République dominicaine au Brésil, en passant par Haïti et les États-Unis.
Un nom déjà cité dans le scandale de la loterie dominicaine
En 1997, le nom de Frédéric Marzouka apparaît dans l’un des scandales les plus retentissants ayant affecté la loterie nationale dominicaine.
Selon le quotidien dominicain El Caribe, Marzouka figurait parmi les personnes soupçonnées d’avoir participé à un système de manipulation électronique des tirages. L’affaire portait sur des pertes évaluées à plus de 90 millions de pesos dominicains.
Le tirage du 23 février 1997 avait notamment provoqué d’importantes pertes pour l’État dominicain, après l’attribution de deux gros lots.
Marzouka s’était présenté aux autorités avant d’être placé en détention. Il avait ensuite été transféré dans une clinique de Saint-Domingue pour des raisons médicales.
Le 13 août 1997, il s’était évadé de l’établissement avec le policier chargé de sa surveillance, selon la presse dominicaine. Le fonctionnaire avait par la suite fait l’objet de poursuites.
L’affaire dominicaine a également contribué à faire émerger un autre aspect du profil de l’homme d’affaires. El Caribe rapportait alors qu’il disposait de nombreuses relations au sein du gouvernement haïtien.
Une arrestation au Brésil neuf ans plus tard
Le parcours judiciaire de Marzouka a connu un nouveau tournant le 17 février 2006, lorsqu’il a été arrêté à Rio de Janeiro par les autorités brésiliennes dans le cadre d’une notice internationale.
Les autorités américaines réclamaient son extradition. La Cour suprême fédérale du Brésil a indiqué que la demande américaine concernait notamment des accusations de trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent.
Marzouka a contesté ces accusations. Ses avocats ont notamment soutenu que certaines opérations financières présentées par les autorités américaines comme suspectes correspondaient à des transferts entre ses comptes personnels en Haïti et aux États-Unis.
En novembre 2006, la Cour suprême brésilienne a autorisé son extradition sous certaines conditions, notamment celle limitant à trente ans une éventuelle peine d’emprisonnement à perpétuité.
Marzouka a cependant continué à contester son extradition par différentes procédures judiciaires. Il est ainsi resté détenu au Brésil pendant plusieurs années.
Une nouvelle bataille devant un tribunal fédéral américain
La procédure engagée le 11 août 2026 marque un nouveau chapitre dans ce parcours.
La requête en habeas corpus vise sa détention actuelle dans le cadre de la législation américaine sur l’immigration. Elle pourrait permettre à la justice fédérale d’examiner les conditions de cette détention et les fondements juridiques sur lesquels elle repose.
Les circonstances précises ayant conduit à son placement actuel sous la garde des autorités américaines de l’immigration restent toutefois à établir.
Il serait donc prématuré d’affirmer, en l’absence de documents judiciaires ou administratifs supplémentaires, qu’il s’agit d’une arrestation récente par l’ICE ou d’en préciser les motifs définitifs.
Près de trente ans après le scandale dominicain, le nom de Frédéric Marzouka revient ainsi dans les dossiers judiciaires américains. Son parcours soulève de nouveau des interrogations sur les relations entre affaires, justice et pouvoir politique dans l’histoire contemporaine d’Haïti.
JJJ / FcnHaiti