WASHINGTON, dimanche 11 janvier 2026 (RHINEWS)-La mort de Renée Nicole Good, abattue le 7 janvier à Minneapolis par un agent fédéral de l’immigration (ICE), s’inscrit dans un contexte plus large de violences policières aux États-Unis, marqué par un nombre élevé de décès civils et un très faible taux de poursuites et de condamnations judiciaires à l’encontre des agents impliqués, selon les données compilées par des organismes indépendants, des archives judiciaires et des enquêtes de médias nationaux.
Renée Nicole Good, 37 ans, mère de trois enfants et observatrice bénévole d’opérations migratoires, a été tuée lors d’une intervention d’ICE dans le Minnesota. Les autorités fédérales ont affirmé que l’agent avait agi en légitime défense, tandis que des responsables locaux et des élus du Minnesota ont publiquement contesté cette version, estimant que la victime ne représentait pas une menace immédiate au moment des tirs. Une enquête fédérale est en cours, sans inculpation annoncée à ce stade, tandis que des manifestations ont eu lieu à Minneapolis et dans plusieurs grandes villes américaines.
Selon les bases de données indépendantes telles que Mapping Police Violence, The Washington Post et Police Violence Report, plus de 1 000 personnes sont tuées chaque année par les forces de l’ordre aux États-Unis depuis plus d’une décennie. Les estimations font état d’environ 1 100 à 1 200 décès annuels entre 2013 et 2019, d’environ 1 150 à 1 200 décès par an entre 2020 et 2022, de près de 1 190 morts en 2023 et d’un record estimé entre 1 270 et 1 365 décès en 2024. Pour l’année 2025, plus de 1 000 décès avaient déjà été recensés avant la fin de l’année, selon des chiffres provisoires.
La grande majorité de ces morts, environ 95 à 96 % selon les années, résultent de l’usage d’armes à feu par les forces de l’ordre. Chaque année, plusieurs dizaines de personnes non armées figurent parmi les victimes. Les données officielles fédérales restent incomplètes, les programmes de recensement reposant sur des déclarations volontaires des services de police, ce qui conduit, selon des études universitaires, à une sous-déclaration significative des décès imputables aux forces de l’ordre.
Sur le plan judiciaire, les poursuites pénales demeurent rares. Entre 2005 et 2020, environ 126 policiers ont été inculpés pour homicide ou meurtre à la suite de décès survenus en service, soit moins de huit inculpations par an, alors que plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été tuées par la police sur la même période.
Parmi ces inculpations, seules quelques condamnations pour meurtre ont été prononcées, la majorité des procédures se soldant par des acquittements, des abandons de charges ou des condamnations pour des infractions moindres. Des affaires emblématiques, telles que la condamnation de Derek Chauvin pour la mort de George Floyd en 2020 à Minneapolis, celle de Kim Potter pour la mort de Daunte Wright en 2021 ou celle de Mohamed Noor pour la mort de Justine Damond en 2017, constituent des exceptions dans un ensemble largement marqué par l’absence de sanctions pénales.
D’autres cas très médiatisés, notamment ceux de Breonna Taylor à Louisville en 2020, de Ronald Greene en Louisiane en 2019 ou de Tyre Nichols à Memphis en 2023, ont suscité une forte mobilisation nationale et des débats sur la responsabilité policière, avec des issues judiciaires variables, allant de poursuites fédérales ciblées à l’absence totale de condamnations dans certains dossiers.
Les autorités locales et fédérales réagissent de manière contrastée à ces affaires. Les responsables municipaux et étatiques réclament régulièrement des enquêtes indépendantes et une transparence accrue, tandis que les autorités fédérales invoquent fréquemment la légitime défense et les cadres juridiques protégeant les agents en service. Des organisations de défense des droits civiques soulignent que moins de 1 % des décès causés par la police donnent lieu à des poursuites pénales et que la proportion de condamnations est encore plus faible.
Les analystes estiment que la persistance d’un nombre élevé de morts, combinée à la rareté des sanctions judiciaires, alimente un sentiment d’impunité et une défiance durable entre certaines communautés et les forces de l’ordre. Dans ce contexte, le cas de Renée Nicole Good est devenu, selon plusieurs observateurs, un nouveau point de cristallisation du débat national sur l’usage de la force, la valeur de la vie humaine et les mécanismes d’imputabilité policière aux États-Unis.