C’est la tragique histoire de l’élimination du cheptel de cochons créoles en Haïti. Ces petits cochons noirs qui étaient ce que l’on pouvait considérer comme la banque du paysan haïtien ; alors que l’élevage ne coutait pas grand-chose leur vente permettait aux paysans haïtiens de se sortir du moindre mauvais pas. Un enfant malade, un décès… et on vendait le petit cochon pour se tirer d’affaires.
Et voilà qu’un mauvais jour, une agence américaine décide de détruire ce cheptel. C’est à l’occasion de l’arrivée de l’épidémie de peste porcine en Haïti. Il s’agit à tout prix de stopper cette épidémie. Sans cela, elle arrivera à gagner toute la Caraïbe, puis elle entrera aux U.S.A.
Alors que faire? Rien d’autre que tuer tous les petits cochons créoles d’Haïti. Est-ce qu’on tue toutes les vaches en France pour combattre une épidémie de la Vache folle ? Des équipes préposées à cette tâche se sont mises au travail entrant dans tous les jardins, des circulaires sont lancées invitant les paysans à apporter eux-mêmes leurs petits animaux dans les postes de police à travers le pays. Les paysans reçoivent un pactole et la tuerie continue jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cochons créoles sur la terre haïtienne.
Pour faire semblant de dédommager les propriétaires, d’autres cochons sont envoyés dans l’île. Ce sont les fameux ‘cochons grimelles’ qui à l’encontre de leurs prédécesseurs nécessitent tellement de soins. D’abord ils doivent dormir quelque part à l’abri des intempéries. Pas question de les laisser en plein air à même les champs. Non il faut construire des petites maisons en dur, avec toiture en tôle. Il faut leur donner à manger parce que les déchets ménagers, pelures de légumes, de fruits ne suffisent pas. Et tout ça revient cher. Les paysans n’y arrivent pas. Les ‘cochons grimelles’ dépérissent. Ils deviennent des cochons sales, malpropres.
Et commence la descente aux enfers de la paysannerie haïtienne. Cet appauvrissement sera sans fin. Les paysans se mettent à délaisser les champs. Et cherchent à trouver quelque chose à la capitale ; et comme cela ne marche pas on tente tant bien que mal de quitter le pays.
C’est le phénomène des “ boat people” une étape très importante de la dégringolade de notre pays. Il y a eu beaucoup d’autres étapes mais on peut considérer cette destruction du cheptel porcin et son remplacement par les “ cochons grimelles” comme l’une des plus importantes de la paupérisation d’Haïti.
Et c’est cette histoire, celle de la destruction de nos petits cochons créoles que raconte ce documentaire présenté au public le 19 février dernier, à Miami Beach par le réalisateur Dudley Alexis. Cette histoire vous force à la réflexion, il y en a eu beaucoup d’autres mais celle-ci pèse de tout son poids.
Merci à Dudley ALEXIS qui nous a promis d’autres documentaires de la même veine. Surveillez nos annonces parce que Cochons Créoles sera projeté dans un futur pas tellement lointain à l’espace Green Foundation sur le Biscayne Boulevard, mais aussi sur YouTube.
Elsie Ethéart