22 février 2026
MIAMI, dimanche 22 février 2026 (RHINEWS)- Un ancien juge d’instruction haïtien a admis avoir signé un mandat d’arrêt « illégal » contre le président Jovenel Moïse, document qui a ensuite servi de justification invoquée par certains suspects dans son assassinat le 7 juillet 2021. L’information est rapportée dans un article de Jacqueline Charles publié par le Miami Herald.
Jean Roger Noelcius a reconnu sous serment, lors d’une déposition devant un tribunal fédéral de Miami, qu’il n’avait aucune autorité pour émettre un mandat visant un chef d’État en exercice. Il a également affirmé que seuls les agents de la Police nationale d’Haïti sont habilités à exécuter des mandats d’arrêt dans le pays, et non des particuliers ou des ressortissants étrangers.
Le mandat, antidaté au 18 février 2019 mais signé en janvier 2021, accusait le président « d’assassinat ». Selon l’article, ce document a été utilisé comme prétexte lors d’une tentative de coup d’État avortée le 7 février 2021, puis lors de l’attaque armée contre la résidence présidentielle en juillet de la même année. Plusieurs accusés ont soutenu qu’ils étaient venus arrêter le chef de l’État et non le tuer, invoquant également une lettre adressée à l’ambassadrice américaine de l’époque, Michele Sison.
Témoignant par visioconférence depuis le Canada, où il s’était réfugié avant l’assassinat, Noelcius a nié toute implication dans la mort du président. « Je n’ai rien à voir avec cette situation », a-t-il déclaré en créole par l’intermédiaire d’un interprète, tout en reconnaissant avoir agi en dehors des procédures normales et sous pression.
Il a affirmé avoir été incité à signer le document par un avocat, qui lui aurait assuré qu’il agissait à la demande de la représentation diplomatique américaine afin de « sauver le pays ». Selon lui, le mandat devait être « symbolique » et sans conséquences.
Sa déposition intervient à l’approche du procès fédéral prévu le 9 mars à Miami contre cinq hommes originaires du sud de la Floride et d’Haïti, poursuivis pour complot en vue d’assassiner le président à son domicile de Port-au-Prince.
L’assassinat de Jovenel Moïse a plongé Haïti dans une crise politique et sécuritaire persistante. Le pays demeure sans président élu ni Parlement fonctionnel, tandis que de vastes zones sont sous le contrôle de gangs armés. Noelcius, qui affirme avoir été « utilisé comme une marionnette », dit aujourd’hui travailler de nuit dans une usine au Canada. « Ma carrière de juge est détruite », a-t-il déclaré.