Fact Checking News (FCN) 21 décembre 2025

Par une visite de terrain hautement symbolique, les autorités haïtiennes entendent signifier le retour de l’État dans un quartier longtemps meurtri par l’insécurité. Entre démonstration d’autorité et scepticisme persistant, l’initiative relance le débat sur la capacité réelle du pouvoir à reprendre durablement le contrôle de ce territoire et assurer le retour en toute sécurité des familles en fuite.
Les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ont effectué samedi une visite à Solino dans le cadre du programme gouvernemental « Retour au quartier ». Une descente sur le terrain soigneusement mise en scène, destinée à marquer une rupture avec des années d’abandon institutionnel et à réaffirmer la présence de l’État au cœur d’un espace longtemps fragilisé par la violence des groupes armés.
Pour de nombreux observateurs, cette initiative constitue un acte politique fort. Elle symbolise un retour concret de l’autorité publique dans un quartier éprouvé, où l’absence de l’État avait fini par nourrir un sentiment d’abandon et d’impuissance collective. La présence conjointe des conseillers-présidents et du chef du gouvernement se veut un signal sans équivoque : Solino, comme tout autre territoire national, ne saurait être soustrait à la souveraineté républicaine.
Mais cette démonstration de force n’éteint pas pour autant les interrogations. Dans l’opinion publique, le scepticisme demeure vif. Certains dénoncent la fébrilité d’un État qui peine encore à convaincre de sa pleine capacité d’action, tandis que d’autres s’interrogent ouvertement sur les conditions ayant rendu possible cette visite. Des rumeurs évoquent l’hypothèse d’arrangements tacites avec le groupe criminel « Viv Ansanm », supposément en échange de la libération de certains axes routiers et de quartiers stratégiques.
Face à ces soupçons, le gouvernement se veut catégorique. À travers cette opération, il affirme sa volonté de restaurer l’ordre, de renouer le lien avec les populations locales et de rétablir la dignité dans des zones longtemps livrées à elles-mêmes. Le message est clair : aucun territoire de la République ne sera abandonné, et la reconquête de l’espace public demeure une priorité.
Reste à savoir si ce retour affiché de l’État à Solino s’inscrira dans la durée. Car au-delà des symboles et des discours, c’est sur le terrain de la sécurité, des services publics et de la confiance citoyenne que le pouvoir sera jugé. Pour les habitants, l’espoir renaît prudemment, suspendu à la capacité des autorités à transformer cette visite en actions concrètes et durables.
JJJ / FcnHaiti