La désignation par le président haïtien René Préval d'une femme pour diriger le prochain gouvernement laisse espérer une sortie de crise en Haïti après plus de trois mois de blocage politique. Le président René Préval a désigné Michèle Pierre-Louis, une économiste de 61 ans, pour remplacer Jacques-Edouard Alexis, destitué depuis le 12 mars mais toujours à la tête du gouvernement faute de remplaçant. A deux reprises, le chef de l'Etat haïtien a échoué à faire confirmer un Premier ministre par les parlementaires de son propre parti, réunis au sein d'une coalition de 53 députés du groupe CPP majoritaire à la chambre. Les deux autres Premiers ministres désignés, Ericq Pierre et Robert Manuel, ont été rejetés par un vote des parlementaires haïtiens. "Michèle Pierre-Louis est présentée comme une personne compétente. Si ses documents sont fiables, nous ne ferons aucun obstacle à sa ratification", a déclaré mardi à l'AFP le député Patrick Domond de la Concertation des parlementaires progressistes (CPP). "L'autre aspect, c'est sa politique de gouvernement. Le Premier ministre doit négocier avec nous et nous attendons de voir avec qui elle va former son gouvernement", a souligné le député. "Je suis consciente des obstacles et des difficultés, j'ai beaucoup discuté avec le président Préval. Je ne minimise pas les obstacles mais je ne pourrai rien réaliser si tout le monde ne croit pas que le pays doit sortir de sa situation actuelle", a déclaré à la presse Michèle Pïerre-Louis. Proche amie du président René Préval, Mme Pierre-Louis dirige depuis 1995 une organisation non-gouvernementale, la Fondation connaissance et liberté (FOKAL) financée par le milliardaire américain Georges Soros. Elle a fait des études aux Etats-Unis où elle a obtenu une licence en économie. Mère d'une fille, Elizabeth, elle a également suivi des formations en France, notamment à Paris sur la gestion des aéroports. Une organisation féministe, Ligue pour le pouvoir des femmes, a apporté son soutien à Mme Pierre-Louis, faisant valoir qu'elle avait fait ses preuves dans divers domaines, dont la lutte pour la démocratie et le développement social. "Il est à souhaiter que la priorité soit donnée à la lutte contre le chômage et la vie chère", a cependant souligné la porte-parole de l'organisation. Dans le milieu politique, l'annonce de la désignation d'une femme comme Premier ministre est accueillie avec prudence et réserve. "Personne ne peut mettre en doute l'intégrité et les capacités académiques de Mme Pierre-Louis pour assumer le poste", a déclaré Evans Paul dont le parti compte quelques élus au Parlement. Toutefois, M. Paul s'interroge sur la gestion politique qui sera mise en place pour lui garantir le vote favorable des parlementaires. "Le succès ou l"échec de Mme Pierre-Louis dépend du choix des membres de son gouvernement", estime Himmler Rébu, un ancien officier dirigeant d'une petite formation politique. "Les sénateurs se prononceront d'ici la fin de cette semaine sur le choix du chef de l'Etat. Mme Pierre-Louis a de fortes chances de passer la première étape, a déclaré à l'AFP le président du Sénat Kelly Bastien.
“Si quelqu’un me dit qe j’ai des garantis, je répondrai; NON. Car si il y a eu deux échecs avant moi, un troisième est touours possible. Si je passe le cap du processus de ratification je ne pourrai rien faire seule. Répondre à l’appel du chef de l‘état a été une décision difficile pour moi, parce que j’avais envie d’oeuvrer au progres du pays dans mon champ d’action. C’est une énorme responsabilité. Je m’engage parce que j’ai confiance dans ma capacité personnelle et dans la capacité des Haïtiens à relever le défi. En cas d’échec, je vais continuer mon travail de militante engagée dans ce pays”.
Le secrétaire général adjoint de l’ONU, Jean Marie Guehenno, a bouclé une visite de 48 heures à Port-au-Prince au cours de laquelle il a eu des entretiens avec le chef de l’état, René Préval, le premier ministre désigné, Michèle Pierre Louis, les dirigeants du parlement et les représentants de la société civile, ainsi qu’avec des membres de la presse. Lors d’une conférence donnée à l’aéroport international de Port-au-Prince, avant son départ, M. Guehenno a appelé les acteurs politiques haïtiens à trouver une entente afin de former un gouvernement dans le meilleur délai. "Un moyen rapide est nécessaire pour régler la crise politique. Il est essentiel qu’ Haïti forme un nouveau gouvernement", a déclaré le responsable de l'ONU, qui soutient qu’Haïti a besoin d’un gouvernement qui bénéficie du support du parlement et de l’appui des différents secteurs de la société civile. Selon M. Guehenno un gouvernement est nécessaire pour favoriser le déblocage des fonds promis par la communauté internationale. " Nous sommes là en appui et en solidarité avec les autorités haïtiennes ", lance t-il soulignant que le rôle de la Mission de l’ONU est d’aider Haïti.
Le président de la commission sécurité du sénat, Youri Latortue, a préparé un rapport dans lequel il propose le vote d’une loi sur la détention préventive prolongée, la construction de 200 commissariats et le vote d’une loi contre le kidnapping. " La prévention, la justice et la force publique sont les principaux axes de la lutte contre le kidnapping", a tenu àq souligner Youri Latortue notant que les parlementaires devront voter un budget pour le système d’intelligence national et augmenter le budget pour la police et le rétablissement des forces armées d’Hait", ajoute t-il. " La police doit œuvrer à l’intérieur du territoire et l’armée doit protéger la frontière ",dit-il estimant que la police seule ne peut être efficace dans la prévention. Mettant l’accent sur les dissensions entre la police et la justice, le sénateur Youri Latortue plaide pour une prise en main du parquet et un contrôle du leadership de la police. " Les deux institutions doivent œuvrer ensemble pour faciliter le travail", ajoute t-il. Selon le sénateur Latortue, l’exécutif devra œuvrer en vue de créer une chambre spécialisée pour la lutte contre le kidnapping et faciliter la mise en place du conseil supérieur du pouvoir judiciaire. Il préconise également la création d’une commission sur la détention préventive prolongée et la refonte du code de procédure criminelle.
Elle aura lieu à la mi-juillet à Madrid. Une conference des bailleurs de fonds sur la situation en Haïti. Les conséquences de la crise alimentaire sur l’économie haïtienne seront au centre du débat lors de cette conférence. Jean Marie Guehenno, a mis l’accent sur l’amélioration du climat sécuritaire résultant selon lui des efforts conjugués de la Minustah et de la PNH. Au cours de son séjour, M. Guehenno a pu visiter des quartiers autrefois contrôlés par des gangs. Le patron des Casques bleus, le Français Jean-Marie Guéhenno, qui a passé huit ans à la tête du département du maintien de la paix des Nations unies, achève son mandat, et sera remplacé par un autre français, le diplomate Alain Le Roy.