Par Evens Dubois, NEW-YORK, dimanche 8 février 2026 (RHINEWS)- Le 7 février 1986, Haïti renversait l’une des dictatures les plus longues et les plus brutales du continent. Quarante ans plus tard, cette date demeure un symbole lumineux, mais aussi une blessure ouverte. Alors que les Philippines de Marcos ou le Paraguay de Stroessner ont connu des transitions imparfaites mais fonctionnelles, Haïti s’est enfoncée dans une spirale de violence, de sabotages et d’effondrement institutionnel. Pourquoi ce qui a été considéré comme normal ailleurs a-t-il été refusé aux Haïtiens ? Quatre facteurs, cumulés uniquement en Haïti, permettent de comprendre cette trajectoire singulière.
Le 7 février 1986, les rues de Port-au-Prince vibrent d’une joie rare. Après près de trente ans de dictature héréditaire, le peuple haïtien force la chute d’un régime qui semblait indestructible. Sans chef charismatique, sans armée loyale, sans parrain international, les masses imposent leur volonté. L’utopie est joyeuse, mais elle n’est pas naïve : elle repose sur une aspiration profonde à la dignité, à la justice, à la fin de la peur.
Pourtant, quelques semaines à peine après cette victoire historique, le sang coule à nouveau. Le 26 avril 1986, les Forces armées d’Haïti répriment dans la violence une manifestation pacifique réclamant que Fort Dimanche, principal centre de torture du régime, soit transformé en musée de la mémoire. Le symbole était clair : le pays voulait regarder son passé en face. La réponse fut tout aussi claire : ceux qui avaient servi la dictature n’avaient aucune intention de laisser la société écrire sa propre histoire.
À l’époque, Le Monde relevait « la persistance d’un appareil répressif intact, prêt à défendre ses privilèges ». On parlait d’un « duvaliérisme sans Duvalier ». Ce n’était pas une formule. C’était un programme.
L’année suivante, le massacre de la Ruelle Vaillant scelle le destin de la première tentative démocratique. Des électeurs sont abattus alors qu’ils s’apprêtent à voter. Le geste le plus simple d’une démocratie — déposer un bulletin dans une urne — devient un acte mortel. Ce jour-là, la transition haïtienne bascule. Les forces hostiles au changement comprennent qu’elles peuvent tuer la démocratie sans payer de prix. La communauté internationale détourne le regard. Les élites économiques se replient sur leurs intérêts. L’armée, jamais réformée, se comporte en arbitre de la vie politique. Le peuple, lui, continue de descendre dans la rue, mais ses aspirations se heurtent à un mur.
Haïti est né d’un acte politique sans équivalent : la seule révolution d’esclaves victorieuse de l’histoire moderne. En 1804, un peuple réduit à l’état de marchandise renverse une puissance coloniale et proclame l’égalité universelle. Cette révolution bouleverse les hiérarchies raciales et économiques de l’époque et déclenche une réaction punitive durable : isolement diplomatique, étranglement économique, dette coloniale, campagnes de dénigrement.
Comme le rappelait The New York Times, « aucune autre nation née d’une insurrection servile n’a été forcée de payer pour sa liberté ». Là où d’autres pays insurgés ont été intégrés dans le concert des nations, Haïti est maintenu dans une position d’exception, comme si sa naissance même constituait une transgression à corriger.
Contrairement aux Philippines ou au Paraguay, où les classes dirigeantes ont fini par accepter un minimum de jeu démocratique pour préserver la stabilité de l’État, l’élite haïtienne n’a jamais conçu la nation comme un projet collectif. Héritière d’un ordre colonial fondé sur la séparation radicale entre une minorité privilégiée et une majorité reléguée, elle a perpétué une culture politique où l’État n’est pas un bien commun, mais un instrument de rente et de reproduction sociale. Après 1986, cette logique s’est accentuée : effondrement plutôt que redistribution, paralysie institutionnelle plutôt que réforme, dépendance extérieure plutôt que souveraineté. The Guardian notait que « l’élite haïtienne a développé une capacité unique à prospérer dans le chaos qu’elle contribue à entretenir ».
Là où les forces armées d’autres pays ont fini par se retirer du jeu politique, les Forces armées d’Haïti n’ont jamais été conçues pour protéger la nation. Leur ADN institutionnel est marqué par leur naissance sous l’occupation américaine de 1915, lorsque Washington crée une gendarmerie destinée non à défendre le territoire, mais à contrôler la population et mater les révoltes. Sous François puis Jean-Claude Duvalier, l’armée devient l’un des piliers de la terreur d’État. En 1986, elle n’est pas un acteur neutre de la transition : elle en est l’adversaire déclaré. Massacres, coups d’État, harcèlement des organisations populaires témoignent d’une constante : empêcher l’émergence d’un pouvoir civil légitime. Comme le soulignait CNN, « l’armée haïtienne a longtemps été moins une institution nationale qu’un outil de domination sociale ».
Alors pourquoi Haïti a-t-il subi ce que d’autres n’ont pas subi ? Pourquoi la chute d’un tyran a-t-elle ouvert la voie non à la reconstruction, mais à l’effondrement ? Quatre facteurs, cumulés uniquement en Haïti, permettent de comprendre cette trajectoire singulière.
CITY VATICAN, dimanche 1er février (SRHINEWS)- Le pape Léon XIV a exhorté dimanche les États-Unis et Cuba à renouer le dialogue afin d’« éviter la violence et toute action susceptible d’accroître les souffrances du peuple cubain », à l’issue de la prière de l’Angélus.
Depuis la fenêtre des appartements pontificaux, le souverain pontife a dit avoir appris « avec une grande inquiétude l’augmentation des tensions entre Cuba et les États-Unis d’Amérique, deux pays voisins ». Son appel intervient dans un contexte de dégradation des relations bilatérales, après la signature, le 29 janvier, par le président américain Donald Trump, d’un décret prévoyant la possibilité d’imposer des droits de douane aux pays fournissant du pétrole à La Havane.
La veille de l’intervention papale, les évêques catholiques cubains avaient exprimé leur préoccupation face à cette évolution, estimant que de telles mesures risquaient d’aggraver une situation économique déjà très difficile sur l’île. Cuba, alliée du Venezuela, se trouve sous pression accrue depuis la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, intervenue début janvier.
S’associant explicitement à la prise de position de l’épiscopat cubain publiée le 31 janvier, le pape Léon XIV a relayé leur appel « à promouvoir un dialogue sincère et efficace » pour prévenir « la violence et toute action susceptible d’accroître les souffrances » de la population.
Dans leur message, les responsables catholiques cubains décrivent un climat de malaise généralisé sur l’île. « Ceux qui sont attentifs et respectueux de la souffrance d’autrui entendent sans cesse dire que les choses ne vont pas bien, que nous ne pouvons pas continuer ainsi », écrivent-ils, soulignant que cet appel s’adresse à l’ensemble de la société, et « fondamentalement à ceux qui ont les plus grandes responsabilités lorsqu’ils prennent des décisions pour le bien de la nation ».
Les évêques mettent en garde contre un risque de « chaos social » et de violences entre citoyens. Ils rappellent que, malgré leurs appels précédents, notamment en juin dernier à l’occasion de l’année jubilaire, la situation « douloureuse et pressante » du pays « ne s’est pas améliorée », mais s’est au contraire aggravée, avec une montée de « l’angoisse et du désespoir » au sein de la population.
« Je m’exprime avec la sagesse que m’a donnée mon âge et avec la force de l’histoire que porte mon pays. Un pays ne s’effondre pas seulement lorsqu’une force étrangère l’envahit; il s’effondre véritablement lorsque la peur remplace le courage chez chaque citoyen », écrit Leslie Voltaire. Le Conseiller-président affirme assumer la responsabilité de léguer à la jeunesse une nation « où la justice règne en maître, où la sécurité n’est pas un simple rêve, où les opportunités abondent et où chacun peut vivre avec la dignité léguée par le père Dessalines ».
Se présentant comme un homme de dialogue, Leslie Voltaire dit croire aux échanges et au consensus, tout en se disant déterminé à « réparer les fractures de la colonne vertébrale de la nation ». Il assure vouloir continuer à dialoguer avec l’ensemble des forces politiques afin de rapprocher les positions et de préserver l’essentiel.
« La perte d’un visa ne m’ébranle pas. Ce qui pourrait m’effrayer, en revanche, c’est que mon pays perde sa liberté, sa souveraineté et sa dignité, au point de ne plus pouvoir regarder le reste du monde droit dans les yeux », a-t-il poursuivi. Selon lui, tant qu’il existera des acteurs partageant cette vision de la vie politique, Haïti restera vivante, libre et digne.
À l’approche du 7 février, Leslie Voltaire appelle à une décision collective visant à « écrire une solution haïtienne », à ouvrir la voie à des élections démocratiques crédibles et à démontrer que la dignité d’un peuple peut résister à tous les vents de pression.
Haiti24.net
1 février 2026 - PORT-AU-PRINCE, dimanche 1er février 2026 (RHINEWS)- La Centrale unitaire des travailleurs et travailleuses des secteurs public et privé (CUTRASEPH) et le Jeune Barreau de Port-au-Prince ont appelé, dimanche, à l’élaboration d’une « proposition consensuelle unique » de sortie de crise à l’approche du 7 février 2026, date qu’ils jugent déterminante pour l’avenir politique du pays.
Dans une prise de position conjointe, les deux organisations ont salué l’initiative du collectif « Nou Rasanble », qui vise à fusionner plusieurs propositions politiques et sociales en une seule, fondée sur un « consensus national ». Elles ont exhorté les acteurs des dix départements du pays ainsi que ceux de la diaspora à « se mettre ensemble autour d’une seule proposition consensuelle indigène de sortie de crise », afin d’éviter, selon elles, « la répétition des querelles interminables ouvrant la porte à l’ingérence étrangère ».
La CUTRASEPH et le Jeune Barreau estiment que l’unité nationale autour d’une proposition commune constitue un « impératif » face à la conjoncture actuelle. « Cette unité nationale symbolise un bouclier solide capable de nous protéger de l’intrusion dans nos affaires internes », indiquent-ils, tout en affirmant que les Haïtiens sont capables d’apporter « par eux-mêmes une solution indigène à la crise haïtienne ».
À l’approche du 7 février, les deux organisations appellent les citoyens à se mobiliser pour « dire non à l’ingérence étrangère » et « oui à la restauration de la souveraineté nationale et au respect du droit à l’autodétermination du peuple haïtien ». Elles réaffirment, dans ce cadre, leur appui à l’initiative « Nou Rasanble », qu’elles présentent comme « un signe de la capacité des Haïtiens à faire corps pour défendre l’héritage commun : Haïti ».
Le communiqué critique par ailleurs l’attitude de certains acteurs nationaux accusés de s’aligner sur des positions d’organisations régionales et de représentations diplomatiques étrangères. Ces comportements sont jugés, par les signataires, susceptibles de « saboter l’unité en construction ».
La CUTRASEPH et le Jeune Barreau de Port-au-Prince adressent également une « mise en garde » à ceux qu’ils accusent de porter atteinte aux intérêts du pays, évoquant la possibilité de « sanctions populaires » contre les acteurs qui persisteraient dans cette voie.
Enfin, les deux organisations dénoncent le soutien apporté, selon elles, par certains acteurs à un Premier ministre révoqué, Alix Didier Fils-Aimé, qu’elles affirment voir appuyé par des ambassades étrangères. Elles estiment que cette situation doit « interpeller et réveiller la vigilance citoyenne ».
Dans leur déclaration, la CUTRASEPH et le Jeune Barreau affirment que « le peuple réclame le départ inconditionnel du Conseil présidentiel de transition (CPT) ainsi que celui du Premier ministre révoqué Alix Didier Fils-Aimé », afin d’éviter, selon leurs termes, « la répétition d’expériences passées ».
18 janvier 2026 - COPENHAGUE, dimanche 18 janvier 2026 (RHINEWS)- Le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni ont publié, le 18 janvier, une déclaration conjointe dans laquelle ils réaffirment leur engagement à renforcer la sécurité dans l’Arctique, qualifiée « d’intérêt transatlantique partagé ».
« En tant que membres de l’OTAN, nous sommes engagés à renforcer la sécurité arctique », indiquent les signataires, précisant que l’exercice danois coordonné « Arctic Endurance », mené avec des alliés, « répond à cette nécessité » et « ne représente une menace pour personne ».
Les sept pays et le Royaume-Uni ont également exprimé leur « pleine solidarité avec le Royaume du Danemark et le peuple du Groenland ». Ils se disent prêts à « engager un dialogue fondé sur les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale », des principes qu’ils affirment « défendre fermement ».
La déclaration met enfin en garde contre les tensions commerciales, estimant que « les menaces tarifaires sapent les relations transatlantiques et risquent d’entraîner une dangereuse spirale descendante ». Les signataires assurent qu’ils resteront « unis et coordonnés dans leur réponse » et réitèrent leur engagement à « préserver leur souveraineté ».
Cette prise de position intervient dans un contexte de vives tensions avec Washington. L’administration du président Donald Trump a récemment annoncé l’imposition de nouveaux droits de douane visant plusieurs de ces pays, mesures présentées par la Maison-Blanche comme une réponse à leur opposition affichée à toute tentative américaine de prise de contrôle du Groenland, territoire autonome relevant du Royaume du Danemark.